Fayçal Baghriche
The Message Project

Le Message

Vidéo, 185', 2010
(extrait)

 

Comme il n’y a pas de sujet hors du langage,
comme le langage est ce qui constitue le sujet de part en part,
la séparation des langages est un deuil permanent. 

Roland Barthes in "Le bruissement de la langue – Essais critiques IV"

Créer un pont avec l’Occident. Tel est le projet de Mustapha Akkad lorsqu’il réalise dans les années 70 un péplum historico-religieux retraçant la naissance et l’essor de l’Islam. Production unique en son genre, Le Message présente la particularité d’avoir été tourné simultanément dans deux versions, en anglais et en arabe. Avec des distributions différentes rassemblant d’un côté les grands noms du cinéma hollywoodien (Anthony Quinn ou Irène Papas) et de l’autre ceux du monde arabe, chaque scène de ce tournage colossal a été filmée à l’identique. Monument du cinéma très largement connu du monde arabe et totalement ignoré du reste du monde, Le Message constitue une initiation rigoureuse à l’Islam présenté dans le respect de l’aniconisme de la tradition musulmane.

De cette curiosité cinématographique - dépassant la question du remake ou encore du doublage - nait le projet de Fayçal Baghriche. L’artiste franco-algérien propose de croiser ces deux versions dans un montage qui rendrait au film son unicité. Calibrée au millimètre, chaque scène est montée selon une sélection mettant en exergue les lignes de forces des personnages, les attendus dramatiques, les conventions narratives ou structures linguistiques. Au-delà de ruptures de ton souvent savoureuses sinon surprenantes, la synthèse de ces deux versions permet l’échange, dans une nouvelle distribution, des acteurs américains et arabes dialoguant ensemble dans leur langue respective. Dès lors, le sous-titrage vient permettre la lecture d’un film redéfini comme espace de rencontre entre un monde arabo-musulman et occidental qui se comprendrait par delà les barrières de la langue, de la culture ou de la religion.

Vérane Pina 

"Dépassant la question du remake ou encore du doublage, Fayçal Baghriche propose de croiser les versions Arabe et Américaine dans un montage qui rendrait au film son unicité."